Le boucher
Rendez-vous de Madame Lune - Septembre 2008 <br /><br />Il avait les mains blanches et larges <br />Il avait un cou de taureau <br />Le dos cassé par trop de charges <br />A sa manière il était beau <br />Sur son tablier éclatant <br />On apercevait quelques traces <br />De lymphes séchées ou de sang <br />D'animaux devenus carcasses <br /><br />Le jour où je l'ai rencontré <br />Au milieu d'un fatras de viande <br />Il n'a rien eu à me montrer <br />J'ai su comprendre sa demande <br />Un seul clin d'oeil a suffi <br />Pour que je le suive en silence <br />Il m'a ouvert son paradis <br />Sa chambre froide c'était Byzance <br /><br />{Refrain} <br />Oh mon boucher oh mon roi <br />Vient me coucher contre toi <br />Oh mon boucher oh mon roi <br />Viens te coucher contre moi <br /><br />Pendus au bout de leurs crochets <br />Ils étaient trente à m'observer <br />Roses comme un corps de ballet <br />Allaient-ils se mettre à danser <br />Le boucher me pris par les hanches <br />Et me bascula en arrière <br />J'étais comme un roseau qui penche <br />Face à un chêne centenaire <br /><br />L'étreinte qui suivi fut brève <br />Et bénéfique, et angoissante <br />Il me revient souvent en rêve <br />Le goût de sa bouche insistante <br />Cernée par les cadavres nus <br />Des porcs voués à son billot <br />Je l'ai aimé sans retenue <br />Je l'ai aimé sans dire un mot <br /><br />{refrain} <br /><br />Quand il s'abandonna enfin <br />J'entendis comme un grognement <br />Un petit râle un peu éteint <br />Qui n'était pas de mon amant <br />Mais qui d'autre pouvait gémir? <br />Levant les yeux dans un effort <br />Oh je dus admettre le pire <br />L'un des porcs n'était pas mort <br /><br />Il respirait si faiblement <br />Que je crus d'abord me tromper <br />Mais en un instant mon amant <br />Etait debout à mes côtés <br />Il attrapa une arme blanche <br />Et la leva vers le porcin <br />L'attaque fut précise et franche <br />Le cochon décéda soudain <br /><br />{refrain} <br /><br />Je n'ai pas revu mon amour <br />Ni les néons des chambres froides <br />Depuis j'ai banni pour toujours <br />Le goût du porc même en salade <br />Et je garde comme un trésor <br />Le souvenir chaud de ses mains <br />J'oublie le cochon demi-mort <br />Et je dors, et je dors, et je dors, <br />Jusqu'au lendemain!